Qui gagne, qui paie, partie 5

La crainte d'ingérence, dans l'ordre où tout s'est passé

Le Québec a d'abord entendu parler d'un avertissement fédéral. Le registre daté commence par les billets de blogue publics d'un groupe de réflexion, et ses gestes datés sont du côté québécois.

Par W.F.Publié le Mis à jour le 26 min de lectureSources et méthode

Mis à jour depuis la publication : 1 mise à jour

Version originale en anglais : The interference scare, in the order it happened

Dix jours avant le vote, les Québécois ont appris qu'Ottawa avait prévenu leur gouvernement d'un possible effort américain pour faire élire un gouvernement souverainiste. C'est dans cet ordre que l'histoire est arrivée : un avertissement, puis une alarme. Le registre daté se déroule autrement. Les documents sont des billets de blogue publics d'un petit groupe de réflexion américain, les gestes datés sont du côté québécois, et aucune autorité n'a démontré d'ingérence.

Quand c'est arrivé Ce qui s'est passé Quand c'est devenu public Type de preuve
12 août 2025 Billet d'un groupe de réflexion : les États-Unis « pourraient soutenir » les séparatistes du Québec et de l'Alberta Le jour même, sur son site Web Document
21 nov. 2025 Deuxième billet : les États-Unis devraient envisager de « soutenir les mouvements séparatistes canadiens » Le jour même Document
26 févr. 2026 Un troisième billet propose un « soutien clandestin au PQ avant l'élection » Le jour même; mentionné dans la presse en mars Document
Févr. à mars 2026 Le PQ prévoit un voyage à Washington et en avise le consulat américain; l'ambassade américaine dit qu'il a demandé une rencontre au département d'État, le PQ le nie; aucune rencontre 3 oct., dans The Gazette et de la part du PQ Déclarations, contestées
Printemps 2026 Approche américaine auprès du Québec en vue d'une entente commerciale distincte 25 sept., confirmée par la première ministre Geste, confirmé
Juin 2026 Le service canadien du renseignement offre des séances d'information sur l'ingérence à tous les partis du Québec 25 sept., par le service Geste, déclaré par l'intéressé
Début sept. Un fonctionnaire fédéral aurait remis les billets à un fonctionnaire québécois 25 sept., dans un seul journal Non vérifié
12 sept. L'équipe de la première ministre commence à transmettre les billets à des journalistes 27 sept., par Radio-Canada Geste, une seule source
22 sept. Le parti au pouvoir contacte le service de renseignement 25 sept., dans la déclaration de la première ministre Geste, déclaré par l'intéressé
25 sept. Article de journal; l'alarme de la première ministre, puis son recul Le jour même Déclarations

Ce que disent les documents

La source est un site Web privé. La Defense Analyses and Research Corporation (DARC) est un groupe de réflexion américain privé.1 Thomas Juneau, de l'Université d'Ottawa, l'a qualifié de « très amateur, très petit et marginal ».2

Ses billets proposent; aucun ne rapporte un geste posé. En août 2025, l'un d'eux affirmait que « les États-Unis pourraient soutenir les mouvements séparatistes albertain et québécois ».3 En novembre, un autre affirmait que « le gouvernement américain devrait sérieusement envisager de soutenir les mouvements séparatistes canadiens », sans nommer le Québec.4

Événement · 2025-08-12 · document · États-UnisUn billet du DARC, « Our Canadian Problem », affirme que les États-Unis « pourraient soutenir les mouvements séparatistes albertain et québécois »

Prudence : allégation non prouvée La proposition d'un groupe de réflexion privé; aucun lien avec le gouvernement américain n'a été établi. Une affirmation que personne n’a confirmée.

Un billet de John Waterman daté du 12 août 2025 sur le site du groupe de réflexion américain privé DARC soutient que, dans une stratégie de repli, « le démembrement du Canada devient une décision sage » et que « les États-Unis pourraient soutenir les mouvements séparatistes albertain et québécois » (notre traduction). Il conclut en appelant à des « opérations de renseignement ciblées », à des pressions diplomatiques, à des révisions structurelles et « peut-être » à un soutien au séparatisme régional. Un document public qui propose; aucun lien avec le gouvernement américain n'est établi.

Documenté par
Événement · 2025-11-21 · document · États-UnisUn billet du DARC, « The Trump Corollary », affirme que le gouvernement américain « devrait sérieusement envisager de soutenir les mouvements séparatistes canadiens »

Prudence : allégation non prouvée La proposition d'un groupe de réflexion privé; aucun lien avec le gouvernement américain n'a été établi. Une affirmation que personne n’a confirmée.

Un billet d'Anthony J. Constantini daté du 21 novembre 2025 sur le site du DARC plaide pour une relance de la doctrine Monroe et affirme que « le gouvernement américain devrait sérieusement envisager de soutenir les mouvements séparatistes canadiens et, au besoin, que les régions de l'Ouest canadien soient territorialisées par les États-Unis » (notre traduction). Il ne nomme ni le Québec ni le PQ. Un document public qui propose; aucun lien avec le gouvernement américain n'est établi.

Documenté par

C'est le billet de février qui est derrière l'histoire de septembre. Signé d'un pseudonyme, « Mukden », il affirme : « Les États-Unis devraient envisager un soutien clandestin au PQ avant l'élection. Cela comprend (1) un soutien financier ouvert au PQ pendant l'élection et (2) des opérations psychologiques pour attiser le séparatisme québécois et albertain, (3) des négociations commerciales à huis clos avec le PQ, dans lesquelles les États-Unis s'engagent à offrir au Québec des tarifs plus bas qu'au reste du Canada. »1 Le PQ est le Parti québécois, le parti souverainiste du Québec.

Événement · 2026-02-26 · document · États-UnisUn billet du groupe de réflexion américain DARC propose un « soutien clandestin au PQ avant l'élection »

Prudence : allégation non prouvée La proposition d'un groupe de réflexion privé, signée d'un pseudonyme; aucun lien avec le gouvernement américain n'a été établi. Une affirmation que personne n’a confirmée.

« The Centrifugal Strategy », un billet daté du 26 février 2026 sur le site de la Defense Analyses and Research Corporation (DARC), un groupe de réflexion américain privé qui indique des bureaux à Arlington (Virginie), El Segundo (Californie) et Londres, signé du pseudonyme « Mukden », soutient que les États-Unis devraient viser la « fragmentation, pas l'annexion » du Canada. On y lit (notre traduction) : « Les États-Unis devraient envisager un soutien clandestin au PQ avant l'élection », dont « (1) un soutien financier ouvert au PQ pendant l'élection », « (2) des opérations psychologiques pour attiser le séparatisme québécois et albertain » et « (3) des négociations commerciales à huis clos avec le PQ », où les États-Unis s'engageraient à imposer au Québec des droits de douane plus bas qu'au reste du Canada. Le billet dit aussi que les États-Unis devraient « financer en secret ces poursuites autochtones » et propose un « financement clandestin des litiges fonciers autochtones » et un financement, par le département d'État, de chercheurs autochtones au Canada. Ce sont les textes à l'origine des allégations d'ingérence de septembre 2026 au Québec. Selon Radio-Canada, le Globe and Mail et Le Devoir y avaient fait référence en mars 2026. Un document public qui propose; aucune autorité n'a établi de lien avec le gouvernement américain ni d'ingérence réelle.

Le même billet fait une deuxième proposition, au sujet des Premières Nations. Citant des revendications de titre ancestral en Colombie-Britannique et au Nouveau-Brunswick, il affirme : « Les États-Unis devraient financer en secret ces poursuites autochtones pour faciliter la désintégration du Canada. » Il énumère ensuite « (1) un financement clandestin des litiges fonciers autochtones, (2) un financement du département d'État pour des chercheurs autochtones au Canada et (3) des opérations psychologiques pour marginaliser le "négationnisme" à l'égard des revendications autochtones ».1 La couverture de septembre que nous avons lue disait seulement que le billet invitait les Américains à « instrumentaliser » la réconciliation.5

Rien ne montre qu'un gouvernement en ait adopté quoi que ce soit. Nous n'avons trouvé aucune trace que le gouvernement américain, ou qui que ce soit d'autre, ait appuyé ou financé ces propositions, ou y ait donné suite. Elles étaient publiques depuis le jour de leur mise en ligne, et Radio-Canada rapporte que le Globe and Mail et Le Devoir y avaient fait référence en mars 2026.6

Ce qu'ont fait les responsables américains

La seule démarche américaine confirmée va dans l'autre sens. Le 25 septembre, la première ministre Christine Fréchette a confirmé : « Il y a eu une approche le printemps dernier pour tenter d'avoir une entente avec le Québec en ce qui a trait à des secteurs qui sont liés à l'ACEUM », et a ajouté : « J'ai fermé la porte tout de suite. »7 Les médias de Québecor, citant deux sources anonymes du gouvernement québécois, ont affirmé que l'approche venait de l'ambassade des États-Unis;58 CP24 a rapporté qu'elle touchait des tarifs, dont ceux sur l'aluminium.9 Aucun de ces détails n'est confirmé.

Événement · 2026 · action · QuébecFréchette confirme une approche américaine, le printemps dernier, en vue d'une entente propre au Québec sur des secteurs liés à l'ACEUM, qu'elle affirme avoir repoussée

Prudence : sources anonymes Les détails sur l'ambassade américaine et l'aluminium proviennent de deux sources anonymes au gouvernement du Québec citées par les médias de Québecor. La première ministre a seulement confirmé qu'il y avait eu une approche américaine le printemps dernier en vue d'une entente avec le Québec et qu'elle l'avait refusée. Rapporté par un média qui cite des sources non nommées.

La première ministre du Québec, Christine Fréchette, a confirmé le 25 septembre 2026 qu'« il y a eu une approche le printemps dernier » pour tenter d'avoir une entente avec le Québec sur des secteurs liés à l'ACEUM (USMCA), et a dit avoir « fermé la porte tout de suite », parce que le Québec ne peut pas signer sa propre entente avec les États-Unis et qu'il faut une entente globale et garder le front uni, ont rapporté Radio-Canada et Le Droit. Elle l'a décrite comme une approche des Américains, sans préciser quel bureau ou quel responsable américain en était l'auteur. Les médias de Québecor avaient rapporté plus tôt ce jour-là, citant deux sources haut placées au gouvernement du Québec, que l'ambassade des États-Unis à Ottawa avait communiqué avec son gouvernement au cours des derniers mois pour négocier des tarifs plus bas directement avec le Québec, notamment sur l'aluminium; Noovo, reprenant ces informations, a précisé qu'il n'y avait pas eu de négociation concrète. Les détails sur l'ambassade et l'aluminium reposent sur ces sources anonymes. Aucune date précise n'a été donnée pour l'approche.

Elle rappelle une des idées du billet, mais rien ne relie les deux. Le billet proposait des tarifs plus bas négociés avec le PQ. L'approche portait sur le commerce, et aucune source ne la rattache au groupe de réflexion ni à l'élection. Une réponse attribuée à l'ambassade des États-Unis circule dans des comptes rendus de seconde main; nous ne l'avons trouvée dans aucune source que nous avons pu consulter.

Et elle n'est pas allée au PQ. Elle est allée au gouvernement en place, celui de la Coalition avenir Québec (CAQ), qui n'est pas un parti souverainiste. La CAQ ne se dit ni fédéraliste ni souverainiste, et pendant la campagne, sa cheffe a affirmé : « Je suis autonomiste, on est tous autonomistes », sans dire comment elle voterait à un référendum.10

Notre test sur la fragmentation guette précisément ce genre de démarche. Une offre américaine faite à une province plutôt qu'à Ottawa compterait en faveur de la lecture selon laquelle Washington veut voir le Canada se défaire, quel que soit le parti au pouvoir. Le test ne la compte qu'une fois connus l'auteur de l'offre et son mandat. La première ministre a confirmé la démarche, mais pas qui l'a faite : pour l'instant, elle est consignée, pas comptée.Prédiction P10 (ouverte)

Le PQ, de son côté, prévoyait un voyage à Washington. Le 3 octobre, The Gazette a rapporté que, selon l'ambassade des États-Unis à Ottawa, le PQ avait demandé une rencontre au département d'État à Washington au début de mars, qui n'a pas eu lieu parce que le voyage a été annulé. Interrogé par La Presse Canadienne, le département d'État a refusé de confirmer la demande et a affirmé que « l'élection est une décision qui appartient à la population du Québec ».11

Le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon y a vu une « manœuvre » pour le coller à l'administration Trump. Il a dit que son parti avait annoncé une tournée aux États-Unis et en avait avisé le consulat américain, sans jamais demander de rencontre ni fixer de date.12 Les deux parties s'entendent pour dire qu'aucune rencontre n'a eu lieu. Le contact, s'il y en a eu, venait du PQ, et aucune source ne le rattache au groupe de réflexion.

Événement · 2026-02 · déclaration · QuébecL'ambassade des États-Unis affirme que le PQ a demandé une rencontre au Département d'État à Washington pour le début de mars 2026, qui n'a pas eu lieu; le PQ dit avoir seulement informé le consulat américain d'un possible voyage

Prudence : récit de seconde main Les propos de la porte-parole de l'ambassade ont été donnés à The Gazette (payant; non cité ici) et ne nous parviennent gratuitement que par le compte rendu indirect de La Presse Canadienne. Le Département d'État a refusé de confirmer à la PC. Le PQ conteste la demande de rencontre et dit avoir seulement avisé le consulat américain d'un possible voyage. Quelqu’un rapporte ce que d’autres ont dit ou fait.

Le 3 octobre 2026, The Gazette a rapporté, citant la porte-parole de l'ambassade des États-Unis à Ottawa, Rebecca Archer-Knepper, qu'en février 2026 le Département d'État avait informé ses consulats au Québec que le Parti québécois souhaitait rencontrer des responsables du Département à Washington, au début de mars, et que la rencontre n'avait pas eu lieu parce que le voyage avait été annulé. La Presse Canadienne rapporte les propos de la porte-parole : les représentants de partis en visite à Washington demandent souvent des rencontres, le Département en informe l'ambassade par courtoisie, et dans ce cas la rencontre n'a pas eu lieu parce que le voyage a été annulé (Noovo/PC). Interrogé par la PC le même jour, le Département d'État lui-même a refusé de confirmer la demande. Selon le PQ (PSPP et Radio-Canada, 3 octobre), le parti avait annoncé au début de 2026 son intention de faire une tournée aux États-Unis, son équipe en a avisé la consule générale des États-Unis à Québec, il n'y a pas eu de suite et aucun rendez-vous n'a été fixé. Le projet de tournée était public depuis novembre 2025 (Global News/PC). En juin 2026, PSPP a dit à La Presse avoir reporté la tournée après l'élection (Radio-Canada). Points communs : le PQ prévoyait un voyage aux États-Unis, il en a avisé le consulat américain, et le voyage n'a pas eu lieu. En litige : la demande de rencontre au Département d'État et l'existence d'un rendez-vous fixé. Aucune rencontre n'a eu lieu. L'objet n'a pas été précisé. Rien ne relie cette démarche aux billets du DARC. C'est une démarche du PQ auprès de responsables américains, et non un geste américain.

Ce qui s'est passé du côté québécois

Le service de renseignement a offert des séances d'information aux partis en juin. Le 25 septembre, le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) a déclaré : « en juin, nous avons offert de façon proactive des séances d'information sur l'ingérence étrangère à tous les partis politiques du Québec ».9

Événement · 2026-09-25 · déclaration · CanadaLe SCRS dit avoir offert de lui-même, en juin, des séances d'information sur l'ingérence étrangère à tous les partis du Québec

Prudence : version d’une seule partie Ces séances de juin ne sont connues que par les déclarations du SCRS lui-même. Seulement le récit qu’une partie fait de ses propres gestes.

Interrogé sur les allégations au Québec le 25 septembre 2026, le Service canadien du renseignement de sécurité a déclaré par la voix de son porte-parole Eric Balsam qu'il avait, en juin, offert de manière proactive des séances d'information sur l'ingérence étrangère à tous les partis politiques du Québec (CP24/CTV), conformément à sa pratique d'informer tout parti lorsqu'une élection fédérale ou provinciale est déclenchée (CBC/PC). Le service n'a donné aucun détail sur la démarche de la CAQ et n'a rien conclu au sujet d'une ingérence.

Dès le 12 septembre, l'équipe de la première ministre a proposé les billets à des journalistes. Radio-Canada a rapporté que l'équipe de Christine Fréchette a commencé ce jour-là à contacter des journalistes de différents médias et leur a transmis les billets du DARC « en espérant qu'ils écrivent sur le parti souverainiste et les États-Unis ».6 Radio-Canada est la seule source pour cette date.

Événement · 2026-09-12 · action · QuébecL'équipe de Fréchette commence à transmettre les textes du DARC à des journalistes, en espérant des articles sur le PQ et les États-Unis

Prudence : source unique La date de départ repose sur les informations de Radio-Canada; la CAQ a confirmé qu'une personne avait transmis un document, sans en donner la date. Un seul média l’a rapporté.

Selon Radio-Canada (27 septembre 2026), dès le 12 septembre, des membres de l'équipe de la première ministre Christine Fréchette ont contacté des journalistes de plusieurs médias et leur ont transmis les publications du DARC, en espérant qu'ils écrivent sur le parti souverainiste et les États-Unis; Radio-Canada dit que l'équipe a essayé pendant plus de deux semaines. Le 28 septembre, Mme Fréchette a dit qu'« il y a effectivement une personne qui a transmis un document », a qualifié le geste de « malavisé » et a dit que l'employé restait en poste. La CAQ n'a pas confirmé la date du 12 septembre.

Dix jours plus tard, le parti s'est adressé au SCRS. La déclaration écrite de Christine Fréchette indique que son équipe l'a informée de l'existence des billets le 19 septembre, que son parti, la Coalition avenir Québec (CAQ), a communiqué avec le SCRS le 22 septembre et qu'une rencontre a eu lieu le lendemain.86 Radio-Canada rapporte que c'est la directrice générale du parti qui a fait la démarche et, selon ses informations, que le SCRS a répondu au parti que ces publications « étaient déjà connues et publiques ».6

Événement · 2026-09-22 · action · QuébecLa CAQ contacte le Service canadien du renseignement de sécurité au sujet des textes du DARC; une rencontre suit le 23 septembre

Prudence : version d’une seule partie Connu par la déclaration de la CAQ elle-même; le SCRS n'a ni confirmé ni décrit le contact. Seulement le récit qu’une partie fait de ses propres gestes.

Dans une déclaration écrite du 25 septembre 2026, la première ministre Christine Fréchette a dit avoir été informée le samedi 19 septembre des publications du DARC, et qu'« Une rencontre avec le SCRS s'est tenue mercredi » (Noovo). Selon Radio-Canada, elle a ajouté que le parti avait communiqué avec le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) le mardi 22 septembre; c'est la directrice générale de la CAQ, Brigitte Legault, qui a fait la démarche. Le SCRS n'a pas commenté la démarche de la CAQ.

La remise par le fédéral n'est pas vérifiée. Le Journal de Montréal a rapporté qu'un fonctionnaire fédéral avait remis les billets à un fonctionnaire québécois au début de septembre, dans un lieu neutre et sans téléphone cellulaire, et qu'Ottawa avait mis Québec en garde à trois reprises.67 Nous n'avons pas pu consulter cet article, et personne ne l'a confirmé publiquement. Questionnée sur cette remise, Christine Fréchette a répondu : « Je ne peux pas analyser la véracité de cet élément-là. »13

Ce que le public a entendu, et quand

Le 25 septembre, en matinée : l'alarme. L'article du Journal de Montréal paraît. Christine Fréchette déclare que « des informations sérieuses sur de possibles risques d'ingérence étrangère dans l'élection québécoise viennent d'être divulguées », et écrit au premier ministre Mark Carney.8

Événement · 2026-09-25 · déclaration · QuébecLe Journal de Montréal rapporte qu'Ottawa a prévenu Québec d'une possible ingérence américaine visant à favoriser un gouvernement indépendantiste

Prudence : allégation non prouvée Rapporté par Le Journal de Montréal; la première ministre Fréchette a affirmé que les allégations n'étaient pas avérées, et le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon a nié toute tentative de rencontrer des responsables américains; le 3 octobre, il a dit que son parti avait avisé le consulat américain d'un voyage prévu aux États-Unis, qui n'a pas eu lieu. Une affirmation que personne n’a confirmée.

Le Journal de Montréal a rapporté qu'Ottawa avait prévenu le gouvernement du Québec d'une possible ingérence américaine visant à favoriser l'élection d'un gouvernement indépendantiste. L'allégation n'est pas démontrée : la première ministre Fréchette a ensuite affirmé, selon Radio-Canada, que rien n'amenait son gouvernement à croire que « ces allégations, ces hypothèses » étaient avérées, et le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon a nié toute tentative de rencontrer des responsables américains; le 3 octobre, il a dit que son parti avait avisé le consulat américain d'un voyage prévu aux États-Unis, qui n'a pas eu lieu.

Le même après-midi : le recul. Sa déclaration écrite affirme qu'« aucune information ne nous a été confirmée indiquant que de l'ingérence aurait été observée dans le cadre de notre processus électoral », et que « sans la sortie médiatique de ce matin, je ne vous parlerais pas de tout ça aujourd'hui ».8 La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a dit n'avoir aucune preuve d'ingérence.5

Événement · 2026-09-25 · déclaration · QuébecQuelques heures après avoir parlé d'informations « sérieuses », Fréchette déclare par écrit qu'aucune information confirmant une ingérence n'a été reçue

Le matin du 25 septembre 2026, la première ministre Christine Fréchette a déclaré : « Des informations sérieuses sur de possibles risques d'ingérence étrangère dans l'élection québécoise viennent d'être divulguées » et a dit avoir écrit au premier ministre Carney (Noovo). Dans une déclaration écrite l'après-midi, elle a affirmé qu'à ce jour « aucune information ne nous a été confirmée indiquant que de l'ingérence aurait été observée dans le cadre de notre processus électoral » et que « sans la sortie médiatique de ce matin, je ne vous parlerais pas de tout ça aujourd'hui » (Noovo). La déclaration situe au 19 septembre le moment où elle a appris l'existence des textes du DARC.

Événement · 2026-09-25 · déclaration · CanadaLa ministre des Affaires étrangères Anand sur la présumée ingérence américaine dans l'élection québécoise : « Right now I do not have proof » (pour l'instant, je n'ai pas de preuve)

Prudence : récit de seconde main Propos tels que rapportés par La Presse Canadienne après correction; aucune transcription trouvée. Les premières versions de la même dépêche la citent autrement. Quelqu’un rapporte ce que d’autres ont dit ou fait.

En conférence de presse à Ottawa le 25 septembre 2026, la ministre des Affaires étrangères Anita Anand a dit que le gouvernement fédéral prend les allégations au sérieux, la protection de la démocratie étant « of the utmost importance to our country » (de la plus haute importance pour notre pays), et, selon la version corrigée de La Presse Canadienne : « Right now I do not have proof » (pour l'instant, je n'ai pas de preuve). Elle a dit ne pas croire que quoi que ce soit touchait alors la démocratie canadienne et que, lorsqu'un problème survient, elle le soulève auprès de ses homologues, dont le secrétaire d'État américain Marco Rubio. Elle n'a pas dit avoir soulevé cette affaire auprès de lui. Une première version de la PC, encore reprise par RCI, disait qu'elle parlerait à Rubio après avoir examiné les preuves; RCI et CP24 lui prêtent encore la phrase « Right now I have not seen the evidence » (pour l'instant, je n'ai pas vu de preuves). La PC a ensuite qualifié cette première version de citation erronée. Aucune transcription ni vidéo n'a été trouvée. La ministre n'a confirmé aucune ingérence.

Le 27 septembre : les démarches auprès des journalistes. Radio-Canada publie la date du 12 septembre, quinze jours après les faits.

Événement · 2026-09-27 · déclaration · QuébecRadio-Canada : l'équipe de la CAQ a proposé les textes du DARC à des journalistes dès le 12 septembre, avant que le parti ne contacte le SCRS le 22 septembre

Prudence : source unique La date du 12 septembre repose sur les informations de Radio-Canada; la CAQ a ensuite confirmé qu'un employé avait transmis un document, sans en donner la date. Un seul média l’a rapporté.

Radio-Canada (Thomas Gerbet, Sébastien Bovet) a rapporté le 27 septembre 2026 que, dès le 12 septembre, l'équipe de la première ministre Christine Fréchette a contacté des journalistes de plusieurs médias et leur a transmis les textes du DARC, en espérant des articles sur le PQ et les États-Unis. Mme Fréchette et le ministre Ian Lafrenière disent avoir appris l'existence des textes le 19 septembre; la directrice générale de la CAQ, Brigitte Legault, a contacté le Service canadien du renseignement de sécurité le 22 septembre, et une rencontre a suivi le 23. Selon les informations de Radio-Canada, le SCRS a répondu à la CAQ que ces publications étaient déjà connues et publiques. La CAQ a répondu par écrit avoir suivi la procédure enseignée dans la formation sur l'ingérence étrangère du Directeur général des élections du Québec. Le 27 septembre, Mme Fréchette a dit « [Mon équipe] aurait dû m'aviser plus tôt »; le 28, elle a dit qu'une personne avait transmis un document et que c'était « malavisé ». Les chefs du PQ, du PLQ, de QS et du PCQ ont critiqué sa gestion. Radio-Canada précise qu'aucune preuve ne permet d'affirmer que la CAQ a coulé l'information au Journal de Montréal. L'allégation d'ingérence elle-même n'est appuyée par aucun document ni geste.

Le 28 septembre et le 1er octobre : les aveux. Christine Fréchette affirme qu'« il y a effectivement une personne qui a transmis un document », juge le geste « malavisé » et garde l'employé : « Il n'y a rien de criminel à envoyer un document qui est déjà public. »13 Le 1er octobre, elle déclare : « J'aurais dû attendre d'avoir plus d'informations avant de me prononcer. »14

Événement · 2026-09-28 · déclaration · QuébecFréchette juge « malavisé » qu'un employé de la CAQ ait transmis le document du DARC à des journalistes; l'employé reste en poste

À Mont-Tremblant le 28 septembre 2026, la première ministre Christine Fréchette a dit qu'« il y a effectivement une personne qui a transmis un document », que c'était « malavisé » et qu'« il aurait fallu m'en parler avant de contacter des journalistes », et qu'« Il n'y a rien de criminel à envoyer un document qui est déjà public » (Noovo/PC). L'employé conserve son poste. Questionnée sur l'information du Journal de Montréal voulant qu'un fonctionnaire fédéral ait remis des textes du DARC à un fonctionnaire québécois, elle a répondu : « Je ne peux pas analyser la véracité de cet élément-là ». Le ministre Ian Lafrenière a dit que l'initiative n'avait été orchestrée par personne (CBC/PC).

Événement · 2026-10-01 · déclaration · QuébecFréchette dit qu'elle aurait dû attendre d'avoir plus d'informations avant de se prononcer sur les allégations d'ingérence

Prudence : source unique Connu par un seul reportage de La Presse Canadienne sur l’entrevue radio. Un seul média l’a rapporté.

En entrevue avec Patrick Lagacé au 98,5 le 1er octobre 2026, la première ministre Christine Fréchette a dit : « J'aurais dû attendre d'avoir plus d'informations avant de me prononcer, et c'est ça que je ferais différemment » et « J'aurais dû me limiter à mon commentaire en fin d'après-midi, parce que j'avais, à ce moment-là, plus d'informations et j'étais rassurée » (Noovo/PC).

Documenté par

21 octobre : la même accusation, dans l'autre sens. L'ambassade des États-Unis à Ottawa a publié une fiche d'information selon laquelle les ministres et les premiers ministres provinciaux du Canada « décrivent ouvertement des plans pour influencer la politique américaine » avant les élections de mi-mandat.15 Ses éléments sont publics : des propos de ministres sur des représailles visant les États républicains, des rencontres avec des démocrates, les publicités de l'Ontario, un député en campagne en Floride et des Canadiens accusés d'avoir voté illégalement. Elle n'allègue aucune action clandestine. Le premier ministre Mark Carney a dit que ces accusations étaient « sans fondement ».16

Événement · 2026-10-21 · déclaration · États-UnisL'ambassade des États-Unis publie une fiche d'information accusant des ministres et des premiers ministres provinciaux canadiens de vouloir influencer la politique américaine avant les élections de mi-mandat

Prudence : allégation non prouvée Une affirmation de l'ambassade des États-Unis fondée sur des déclarations et des activités publiques; aucune preuve d'action clandestine n'est présentée. Une affirmation que personne n’a confirmée.

Le 21 octobre 2026, l'ambassade et les consulats des États-Unis au Canada ont publié une fiche d'information intitulée « Monitoring Canadian Activities in U.S. Politics ». On y lit que le gouvernement canadien balaie les inquiétudes au sujet d'une possible ingérence dans les élections américaines, alors que ses ministres et ses premiers ministres provinciaux décrivent ouvertement, dans des documents officiels et des apparitions publiques, leurs plans pour influencer la politique américaine (traduction libre). Ses éléments sont publics : les propos de Mélanie Joly sur des représailles visant les États républicains (mars 2025, août 2026) et ses rencontres de septembre 2026 avec des élus démocrates; la lettre de Doug Ford d'août 2026 et sa campagne publicitaire de 2025 reprenant Reagan; le député Anthony Housefather en campagne en Floride; une consule générale aux côtés de deux élus démocrates du Congrès le 13 octobre; et 11 Canadiens accusés ou condamnés pour avoir voté illégalement lors d'élections américaines tenues de 2012 à 2024. La fiche conclut que ce sont les Américains qui décident des élections américaines. Aucune action clandestine n'y est alléguée ni démontrée.

Événement · 2026-10-23 · déclaration · CanadaCarney : les accusations de l'ambassade américaine voulant que le Canada s'ingère dans les élections de mi-mandat sont « sans fondement »; Joly : « C'est de la diplomatie »

À Istanbul, le 23 octobre 2026, Mark Carney a dit de la fiche d'information de l'ambassade américaine que ces accusations étaient sans fondement et qu'il le dirait ainsi (CBC, traduction libre). Mélanie Joly : c'est de la diplomatie, c'est ce que nous faisons; le 21 octobre, elle avait dit que ce qu'elle fait essentiellement aux États-Unis, c'est attirer des investissements (Al Jazeera, traduction libre).

Ce que montre le registre

Ce qu'on a entendu en premier est le moins documenté. Les avertissements fédéraux et la remise des billets reposent sur les sources anonymes d'un seul journal. Les éléments les mieux documentés sont les billets publics d'un groupe de réflexion et la façon dont le parti au pouvoir les a lui-même traités.

Aucune autorité n'a constaté d'ingérence. Le SCRS n'a fait état que de ses séances d'information de juin. Michelle Tessier, ancienne sous-directrice des opérations au SCRS, a déclaré à Radio-Canada : « Si ce n'est pas clandestin, ce n'est pas nécessairement vu comme de l'ingérence étrangère par le SCRS. »17

Des explications spéculatives comblent les vides; nous les y laissons. Des adversaires ont laissé entendre que la CAQ avait elle-même coulé l'histoire au journal. Radio-Canada écrit qu'aucune preuve ne permet d'affirmer que c'est ce qui s'est produit.6 Nous rapportons qui a fait quoi, quand, et ce que chacun a dit.

La question ouverte est celle de l'argent. De tout ce que contient le billet de février, le projet de « financer en secret » des poursuites autochtones est le plus concret, et on peut le vérifier dans les registres. Dans un article complémentaire, nous regardons où l'argent américain apparaît réellement, et ce qu'il paie.

Les propos tenus en français sont cités dans leur version originale. Les autres citations proviennent de sources en anglais; les traductions sont libres.

Sources

  1. Defense Analyses and Research Corporation (DARC), « The Centrifugal Strategy », 2026-02-26. ↩ ↩ ↩
  2. National Post (via Yahoo News Canada), « How the CAQ's foreign interference bombshell turned into a dud in the Quebec election », 2026-09-28. ↩
  3. Defense Analyses and Research Corporation (DARC), « Our Canadian Problem », 2025-08-12. ↩
  4. Defense Analyses and Research Corporation (DARC), « The Trump Corollary », 2025-11-21. ↩
  5. CBC News (The Canadian Press), « Federal intelligence agency contacted as U.S. interference claims swirl in Quebec election », 2026-09-25. ↩ ↩ ↩
  6. Radio-Canada, « La CAQ, l'ingérence et les services secrets, une chronologie intrigante », 2026-09-27. ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩
  7. Radio-Canada, « Les partis ébranlés par des allégations d’ingérence américaine dans la campagne », 2026-09-25. ↩ ↩
  8. Noovo Info, « Guerre commerciale: Fréchette se plaint à Carney d’allégations d’ingérence américaine dans les élections québécoises », 2026-09-25. ↩ ↩ ↩ ↩
  9. CP24, « Quebec election: Possible interference from U.S. raises questions », 2026-09-25. ↩ ↩
  10. Noovo Info (La Presse canadienne), « Souverainiste ou fédéraliste, Christine Fréchette? «Autonomiste», rétorque la cheffe de la CAQ », 2026-09-11. ↩
  11. Noovo Info (La Presse Canadienne), « Demande de rencontre de PSPP: le Département d'État refuse de confirmer », 2026-10-03. ↩
  12. Radio-Canada, « Élections Québec, jour 38 (couverture en direct) : « PSPP nie qu'une rencontre soit prévue avec le Département d'État américain » », 2026-10-03. ↩
  13. Noovo Info (La Presse Canadienne), « Ingérence étrangère: l'employé de la CAQ responsable du coulage reste en poste », 2026-09-28. ↩ ↩
  14. Noovo Info (La Presse Canadienne), « «Fake news»: la ministre France-Élaine Duranceau compare PSPP à Donald Trump », 2026-10-01. ↩
  15. U.S. Embassy & Consulates in Canada, « Fact Sheet: Monitoring Canadian Activities in U.S. Politics », 2026-10-21. ↩
  16. CBC News (via Yahoo News Canada), « Claims Canada interfering in U.S. midterms have 'no merit,' Carney says », 2026-10-23. ↩
  17. Radio-Canada, « Possible ingérence : tirs groupés contre le leadership de Christine Fréchette », 2026-09-26. ↩

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  1. Mise à jourCet article

    Texte de l’article

    Pourquoi : Ajout de la fiche d'information de l'ambassade des États-Unis du 21 octobre, qui accuse des ministres et des premiers ministres provinciaux canadiens de chercher à influencer la politique américaine, sur la seule foi d'éléments publics, et de la réponse du premier ministre (sources : la fiche de l'ambassade; CBC).

    Dans le registre des corrections : Cet article, 24 octobre 2026